Education nationale : Pap Ndiaye veut « s’attaquer au collège », « l’homme malade du système »

Et allez... c'est parti. Je m'étonne de ne pas lire qu'il faut dégraisser le mammouth...

argument N°1: «le collège est malade»

Tiens, vous remarquez qu'il ne précise pas qui l'a rendu malade...

Donc, depuis un quart de siècle que je fais ce taf, j'en ai vu des ministres de merdes passer, chier une réforme à la va-vite histoire d'avoir leur nom dans les journaux pis se barrer en laissant les décombres au suivant:

suppression d'heures poste au profit des heures supplémentaires:

Dans un collège, vous avez ce qu'on appelle la DHG, la dotation horaire globale, qui est une enveloppe d'heures de cours à répartir dans toutes les matières, par classe et par prof (ce qu'on a fort judicieusement baptisé «la répartition»)

Or, ces heures se divisent en deux catégories: les heures poste et les heures supplémentaires. Les premières sont celles qui doivent remplir les heures de service des enseignants pour éviter qu'ils ne soient en sous-service. Les secondes sont des HSA, heures supplémentaires année, qui vont être ajoutées au service en plus des heures poste. Vous sentez venir l'arnaque: si on diminue les heures poste au profit des heures supp, on est contraint de supprimer des postes de profs car un prof NE PEUT EN AUCUN CAS AVOIR DES HEURES SUPP EN ÉTANT EN SOUS-SERVICE. Du coup, on force les profs à prendre au moins deux heures supp quand certains de leurs collègues se retrouvent sur deux, trois voire quatre collèges/lycées différents !.

  • conséquence N°1: en faisant plus d'heures, on est moins bon, on a plus de classes, plus d'élèves, moins de possibilité de cibler et d'adapter, moins de souplesse.
  • conséquence N°2: en précarisant les collègues, en les poussant sur plusieurs établissements on s'assure qu'ils ne puissent s'investir dans aucun projet et aucune équipe.

augmentation régulière du nombre d'élèves par classe en supprimant des classes

Le rectorat est très prompt à supprimer des classes mais très lent à en ouvrir d'autres. Résultat, cette année je me retrouve avec deux classes à 30/31 élèves et je n'ai même pas de place pour l'AVS qui accompagne certains mômes ! Au début, j'en ai eu une à 32 : un des élèves est parti en me disant: « Monsieur, la prochaine fois, je pourrais avoir une table, s'il vous plaît ?»

Après on t'explique que le niveau baisse par rapport à d'autres pays que l'on prend pour exemple sans préciser que là-bas on est loin de ce nombre d'élèves par classe.

fermeture et suppression de structures adaptées

Quand on supprime des structures adaptées aux handicaps des mômes avec des gens formés à ce genre de défis d'apprentissages, on place les mômes dans des classes traditionnelles avec INTERDICTION de faire des classes «à profil» sous prétexte que ça stigmatiserait les élèves.

Parce que coller dans une classe «normale» un gamin qui a de titanesques difficultés d'apprentissage et de compréhension ce n'est pas le stigmatiser ? Donc, on préfère globalement éviter une hypothétique stigmatisation au prix d'un échec scolaire absolument garanti (parce que la classe est à 30 et que le prof n'est pas formé à ce handicap et qu'il ne peut clairement pas s'adapter à tous individuellement) ?!

multiplication des missions de l'école et des enseignants

Aujourd'hui, on a un calendrier plein d'«actions» en tous genres, de forums, de discussions etc. Pour cette rentrée et pour le seul thème du harcèlement, on nous a parlé de 40 heures par élève... J'ai levé la main et j'ai demandé si 40 heures sur le harcèlement ne constituait pas déjà en soi une forme de harcèlement. Rires jaunes dans la salle.

Tout ça est pris sur les heures de cours. Voilà. D'ailleurs, sur la page de 20minutes, l'article suivant est celui-ci:

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petites «réformes» diverses

J'en ai souvent parlé ici, mais j'ai vu passer nombre de réformes à la con - mauvaises réponses à un vrai problème:

  • les parcours diversifiés, travaux croisés etc: faire cours à deux profs sur un thème commun à leur matière et de façon moins scolaire 👍 ➜ imposé à tout le monde en groupes classe et pas réservé aux élèves plus en difficulté 👎
  • le quart d'heure lecture: amener à l'amour de la lecture en favorisant l'accès aux livres 👍 ➜ imposé à tout le monde avec punition s'ils n'ont pas de livre ou n'en sortent pas 👎 (ces gens n'ont rien compris aux ados: j'écrirai un billet là-dessus un jour)
  • les EPI: retour du mélange de deux matières pour réaliser un projet dans lequel on apprend de façon plus concrète 👍 ➜ on prend ça sur une heure de cours au lieu d'utiliser les heures supp pour les deux profs
  • multiplication des instances, réunions diverses etc etc.
KeuWâ ?!    Quand on occupe les gens à   autre chose que faire cours,   le niveau baisse ?!

argument N°2: «surtout les maths et les langues»

PAN, une balle dans le pied. Donc, les autres matières tout va bien ?!

Pour faire court, on colle les heures de math n'importe où en plaçant ces heures après celles d'EPS notamment, genre de 16 à 17, on chie sur les maths à longueur de décennies, on fait tout pour les dégager du lycée et à la fin, on s'étonne que le niveau baisse... Genius.

argument N°3: «ce n’est pas une question d’heures de cours [...] mais plutôt de méthode pédagogique »

Je l'attendais celle-ci...

Alors, déjà, c'est faux: on passe notre temps à se plier à de nouvelles directives, à tenter d'adapter ce qu'on fait aux niveaux divers, au nombre d'élèves, aux handicaps, aux TDA (qui se multiplient rapidement) avec des heures supp et des réunions à la con sur fond de sensibilisations diverses à des trucs non pédagogiques...

Ensuite, à force de dénigrer les profs, de les sous-payer (indice gelé depuis 10 ans), de les surcharger, le nombre de gens qui acceptent de faire ce job est en baisse fulgurante... du coup on recrute des profs non formés et non certifiés, parfois sans le niveau requis pour enseigner voire même sans les qualités minimales pour animer un cours avec des ados.

Ah ben ça alors,on préfère   recruter des gens non formés  en une demi-heure de   speed dating et le niveau baisse.    WUT ?!
Le mec est quand-même gonflé:  Il est à la tête d'un ministère  qui a tout fait pour torpiller  le métier de prof certifié et  il les culpabilise ensuite à cause  de leurs méthodes pédagogiques

argument N°4: le « plan maths lancé en primaires après l’évaluation des sixièmes.»

Pitin, je sais pas si je   l'aurais tentée celle-là
l'évaluation des sixièmes... on parle bien de la vaste fumisterie dont les résultats ne sont suivis d'absolument AUCUN effet, lu par PERSONNE et ne sert qu'à faire des stats destinées à nous chier dessus après... hein ? j'ai bon ? c'est bien de celle-là qu'on parle ?!

Conclusion

Comme le dit l'article à la fin

Le ministre a déjà plusieurs chantiers brûlants entre les mains : la crise des recrutements, la revalorisation salariale des enseignants, la réforme de la voie professionnelle ou les innovations pédagogiques

Ouaip gros, commence déjà par revaloriser le salaire si tu veux tout ça: dans les années 80, un prof touchait 2.2 fois le SMIC, aujourd'hui, c'est 1.2 fois.

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Je suis passé Hors classe en octobre dernier avec prise d'effet en avril. On est en septembre et ma revalorisation de salaire n'a pas encore été répercutée. Par contre, si jamais t'es absent, tes heures supp et ta journée de carence te sont retirés en une grosse matinée.

Allez, cadeau ⬇

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(...)

Comment vivre sans aucun sens de l'orientation

@Sammy: Je te rassure, tu n'es pas le seul... Pour ma part, j'en suis à un stade où si je tombais d'une falaise je serais obligé de m'arrêter en chemin pour demander ma route...

Genre je me balade en ville, je rentre dans un magasin... quand je sors, je pars systématiquement dans la mauvaise direction. Pourtant, statistiquement, je devrais avoir bon dans 50% des cas (Lol)

Plus sérieusement, il y a deux types de personnes:

  • ceux qui ont un mode de repérage absolu: ils savent toujours vers quel point cardinal ils sont tournés et te disent des trucs du genre «c'est pas la bonne direction, on devrait aller vers le nord» (bande d'enfoirés ! Ça m'aide pas du tout ! 💀) ➜ Ils sont comme dans un jeu à la troisième personne.
  • les autres, comme nous, qui ont un mode de repérage relatif: on se repère par rapport à nous... gauche, droite, tout droit, points de repères que tu peux voir de là où tu es (voire DU CÔTÉ DE LA ROUTE OÙ TU TE TROUVES) ➜ Nous sommes comme dans un jeu à la première personne.

Le problème est qu'en mode relatif, on doit gérer beaucoup de consignes et de repères là où le mode absolu te permet d'y aller au talent, car tu connais toujours la direction et donc ta position: pas besoin d'une liste de directives précises longue comme ma b le bras.

Mon épouse fonctionne en mode absolu et elle ne se perd jamais...

Je fonctionne en mode relatif et je me perdrais dans un couloir.

A noter que le GPS aggrave la situation avec le temps.

Via https://www.sammyfisherjr.net/Shaarli/

Note de service: Sortie de de crashweb.org de ma river

Gros gros +1

La liberté d'expression ce n'est pas avoir le droit de gueuler partout - et en particulier chez les autres - impunément et sans conséquences.

De plus, la liberté d'expression de gens qui n'attendent qu'une occasion de limiter drastiquement celle des autres, on s'en torche.

Liberté d'expression = responsabilité d'expression et != d'obligation de publication et d'écoute.

Allez bien bouffer vos morts les fachos.

Via http://2038.net/links/

Simple Mobile Tools

Je confirme l'opinion de Timo: les SimpleTools sont vraiment bien; le genre anti usine à gaz, discrètes, pas lourdes, simples à utiliser et pas intrusives.

A priori, un smartphone par eux est plutôt une bonne nouvelle... à voir !

Via https://lehollandaisvolant.net/?mode=links

Elisabeth Anais sur Twitter : Mes élèves ont trouvé comment tricher avec un QCM #Pronote : ils explorent le code source de la page pour lire les réponses. Donc, je fais la chasse aux tricheurs, ou je valide des compétences numériques ? #SNT

@sebsauvage hahaha... rien d'étonnant quand on considère que les usagers sont des quiches et que ça ne vaut pas le coup de chercher à cacher les réponses... ce qui pourrait se justifier compte tenu du niveau global des élèves en informatique et du fait qu'ils considèrent souvent les ordinateurs comme des outils de travail aussi fun que leur cahier de cours.

#mytwocents : j'ai utilisé pendant des années (sept ou huit ans) une appli de mon cru dans laquelle les réponses étaient chiffrées dans le HTML. Combien d'élèves ont essayé d'appuyer sur F12 pour regarder dans le code (et me l'ont dit, soyons honnêtes) ? Un seul.

Pourquoi se faire chmir ?

Depuis, j'utilise une autre de mes applis, plus simple et qui ne stocke pas les résultats des élèves dans laquelle j'ai délibérément pris le parti de ne pas chiffrer les réponses dans le code. Pourquoi ?

  • d'abord, si un élève est capable de faire ça, c'est une bonne compétence
  • ensuite, si l'élève essaie de tricher, c'est qu'il a envie de réussir ce qui le place dans le top des 5 élèves de la classe qui sont dans son cas (*),
  • de plus, s'il faisait cet effort, en fait, il apprendrait sans le vouloir... parce que franchement, retrouver l'info pertinente au milieu des balises HTML, c'est du sport pour un néophyte et qui dit sport, dit effort et qui dit effort dit mémorisation. Paf.
  • enfin, je n'utilise cette appli que dans le cadre d'un entraînement et avec pour consigne d'essayer d'abord de mémoire puis, en cas d'échec, avec les ressources à la disposition de l'élève: du coup à quoi sert de tricher ?

(*) petite anecdote au passage:

quand je place une interro dans l'emploi du temps - quoi que je pense des notes et des évals, je suis tenu de les faire - :

Vous venez d'assister à   une digression dans la   digression... une mise en   abîme dans le changement  de sujet...   ça va ? vous suivez ?
  • je remets une suite de liens vers les fiches correspondantes aux notions et les documents utilisés pour les apprendre (au cas où un élève aurait été absent),
  • un lien éventuel vers aprendomatico pour l'entraînement mécanique (conjugaisons, numération etc)
  • et un lien vers un formulaire de révision spécifique avec le contenu exact de la future interro et dont les cases deviennent vertes quand l'élève a bon.

Moyenne obtenue en général: moins de la moyenne, souvent autour de 8/20.

Donc, tant que le gamin n'en aura rien à faire, pourquoi s'embêter à chiffrer les bonnes réponses dans le code de la page.

Via https://sebsauvage.net/links/

Avis sur la série The Mandalorian (2019) - Désert créatif - SensCritique

La vache, ne regardez pas the book of Boba Fett alors...

Pour the mandalorian, que j'ai bien aimé alors que j'ai été très réservé sur les films starwars, j'ai plusieurs arguments:

la cohérence ?! et alors ?!

On se fout de la cohérence de l'univers star wars depuis si longtemps que ça n'est plus du tout un argument pour rejeter une création dans ce contexte narratif. Pire, l'univers star wars n'a JAMAIS été cohérent et on s'en foutait dès le début: certains robots bipent - obligeant les gens à apprendre leur «langage» - alors que d'autres parlent parfaitement, par exemple. OSEF ils ont des sabres lasers ! o/

une affaire d'ambiance

Comme dirait Alexandre Astier à propos des dialogues: «il faut que ça sonne» A mes yeux, c'est le point fort du mandalorian: l'ambiance et les dialogues, la façon de filmer - comme un western moderne (cf le premier épisode de la saison 1)... Le scénar n'est pas cohérent ? OSEF, il est classe, parle peu, a une rigueur morale qui pourrait servir de fil à plomb... C'est un chevalier moderne.

Côté ambiance, c'est une série qui assure le show: le travail sur les décors, les armes, les personnages, la musique... ça fonctionne bien et on reste dedans sans avoir envie de consulter les notifications de son portable.

le bébé yoda

La série tient par le bébé Yoda et sa relation avec Mando... Oui. Et alors ?! Le coup du bébé mignon, c'est quand même pas la première fois qu'on nous le fait et ça marche à chaque fois. Si on est un peu logique, le bébé Yoda était le meilleur choix de bébémeugnôn compte tenu de l'aura de mystère autour de Yoda, seul de son espèce.

En plus, ça prend une nouvelle perspective en transformant progressivement Mando en Papa malgré lui. De Bounty Killer sans état d'âme il devient chevalier et c'est à bébé yoda qu'il le doit.

c'est manichéen

Heuuu, vous êtes certains de vouloir la tenter celle-là ?! Vous voulez dire que le reste de la franchise starwars n'est pas manichéen ? Rien que l'idée du côté lumineux et du côté sombre, hein... Pis les méchants façon nazis avec leur Goebbles asthmatique... Non, vraiment, c'est schématique, manichéen, c'est assumé... et OSEF aussi, je pense.

«Digression pas très utile»

Oui, pas utile, en effet... comme la totalité de la série «moderne» en fait. Des épisodes successifs dans lequel le facepalm constitue le fil rouge narratif.

«Héros pas créatif, c'est Boba Fett avec un swap couleur,»

OMG, on n'a pas du regarder le même lol... Ben regardez donc the book of Boba Fett justement... Mando = Boba...?! LOL

«Le coup des trackers c'est une arnaque intellectuelle »

Oui, bien sûr que c'est bidon... comme les sabres laser et tout le tintouin... Rien n'est technologiquement viable, logique ou cohérent. So what ?! Si ça te fait sortir de l'histoire, je comprends même pas comment tu as pu voir le reste.

En un (ou deux) mots

Je vais pas lire tout le reste, parce que j'ai pas le temps, mais je résumerai ma pensée en disant que ces arguments ne devraient pas condamner The mandalorian car sinon, il faudrait condamner l'ensemble de la franchise...

The book of Boba Fett

Si vous voulez condamner une série, regardez Boba Fett: on dirait le dernier clone de Michael Keaton dans Mes doubles, ma femme et moi: le clone du clone tout pété génétiquement. Alors là, oui, je dirais que Boba Fett c'est un Mando raté avec un swap de couleurs. (#trollgratuit)

Acteurs navrants, esthétique sous acid, effets spéciaux dignes d'un film de Pierre Richard... Boba est dépourvu de charisme, ridicule tant il se la pète en accusant sans contestation possible ses soixante piges... Il joue comme un caïd violent alors qu'il cherche à tout résoudre sans l'être.

C'est d'ailleurs la seule chose qui sauve cette série consternante: le personnage principal refuse de régner par la peur et la violence, quitte à ce que ce soit plus difficile. ça change carrément de tout le reste.

Via https://www.sammyfisherjr.net/Shaarli/

Julie Oudet sur Twitter : Julie Oudet sur Twitter : "Dimanche 26 décembre 2021. Derniers moments off après 2 jours de repos, la boule au ventre à l’idée de retourner bosser. Le thread fouilli que t’es absolument pas obligé de lire, Twitter. ⬇️"

Copie de ce thread dont je recommande vivement la lecture...

« Pour ceux qui me connaissent pas, je suis bucheronne H24, ascendant urgentiste. C’est pas que je sois dure à cuire, c’est juste que ma zone de confort est l’aorte fissurée à 80 km de l’hosto. (Pour les moldus : le plus gros vaisseau du corps humain) En termes de chouineries de frêles docteurs, disons que j’aime la régulation (que la plupart des urgentistes détestent), surtout quand c’est le bordayl (bah quoi ?), et globalement quand il y a du sang partout et l’intensité humaine des drames à affronter. Une chochotte, quoi.

Mon job est une drogue, parce que l’adrénaline, parce que le sentiment de faire de mon mieux et le corollaire qu’est la paix que me fout ma conscience. Et plus c’est l’enfer, plus j’aime ça. Raison pour laquelle j’ai appris et adoré la médecine de catastrophe.

A mon actif aussi, en plus d’avoir le pire karma aortique imaginable ever, j’ai enfanté le plus grand vaccinodrome d’Europe. Entre autres.

LesUrgentistesCesFeignasses

Donc demain je retourne bosser après ces 2 jours de repos de nantie. Et j’ai peur. Peur comme j’ai jamais eu. De pas tenir. Ni moi, ni mes collègues soignants, face à cette 5e-6e vague.

Pour rappel nous étions, le système de santé, exsangues et crevards d’épuisement professionnel, avant la 1ere vague. Et depuis nous avons encaissé, encaissé, encaissé. Donné tout ce qu’on pouvait. Tout. Je sais pas comment au juste, nous avons pu, collectivement, faire face. Il le fallait. Nous étions épuisés, et las. Crescendo. Il le faut toujours. Mais je ne sais pas si nous y arriverons encore, je ne sais pas si j’y arriverai encore.

Y’a des fois où je me suis retenue de m’effondrer parce que je savais qu’autour des moi, des collègues et amis tomberaient comme un château de cartes. Y’a des fois où si des collègues et amis n’avaient pas tenus, je me serais effondrée.

J’ai choisi de m’investir corps et âme dans la mission vaccinale, en plus du reste, parce que c’est une façon de garder les yeux rivés vers la lumière dans l’obscurité qu’est cette crise. Cela a beau être éreintant, à ce niveau là d’investissement, ce n’est pas ce qui me pèse moralement. Grâce aux équipes (cc @ModoPioupiou & @vaccinatine), grâce au fait que ça soit la lumière dans ce tunnel.

Non. C’est au titre de mon job adoré, celui d’urgentiste, que je suis terrifiée. Pour plein de raisons. [c’est clairement le moment de m’unfollow parce que je compte pas vider mon sac avec des pincettes]

Pour nous autres urgentistes, la 6e vague s’annonce épouvantable. Oui, la vague « han mais omicron est juste un rhume ». Épouvantable.

Déjà parce que même avec une morbi-mortalité soi disant bien moindre (et vraiment j’espère que c’est le cas), très peu x énormément = beaucoup. Beaucoup trop. 100 000 nouveaux cas par jour, bordayl. J’en peux plus des gens qui ont manifestement dormi au fond de la classe en CE2 pendant le cours sur les multiplications, et qui disent que tout va bien aller parce qu’omicron serait gentil tout plein. J’en peux plus de ceux qui voient pas le problème en deçà de 60 % de saturation des réas. Pour lesquels en deçà, il est pas justifié de lever leur cul de leur canapé où ils pérorent sans rien y piger, pour ouvrir la fenêtre et aérer bordayl.

Passons sur le fait que les mêmes qui supportent pas le masque ouin ouin et ont pas confiance en la vaccination (expression trendy pour dire « peur des piqures ») sont ceux qui engorgent les cabinets médicaux, la ligne 15 et les services d’urgence quand ils ont un rhume. Tout, tout de suite, pour eux seuls, sans aucune considération pour le fait qu’il y ait d’autres citoyens dont le cas est substantiellement plus sévère.

Je sais pas pour mes collègues de France et de Navarre, mais j’en ai vu des caisses. Non vaccinés, 1er jour des symptômes, aux urgences « donnez moi de la morphine tout de suite j’ai trop mal à la tête », bien sûr en omettant malencontreusement de se signaler comme covid + et en gardant le masque sous le nez. Des caisses.

Donc même si omicron n’était qu’un gros rhume dans 100 % des cas, je serais pas très rassurée, dans cette société, de l’arrivée fracassante de ce variant avec le nombre de contaminations journalières inhérentes.

Je vais vous dire comment ça se passe concrètement aux urgences. On a des box. Isolés. Et un couloir, genre hall de gare mais sans la voix sympathique de Simone Herault. Une zone d’accueil. Et un « aval » (terme consacré) aka des chambres d’hospitalisation.

A l’accueil, perso, les covid qui nécessitent pas d’oxygène immédiatement, ils rentrent chez eux. Sans prise de sang ni scanner ni rien. Je m’expose sur le plan médico-légal et ce malgré le « revenez si ça se dégrade » systématique, hein, mais j’ai pas le choix.

De l’aval ? Bah l’hôpital est plein. Pour les patients covid comme pour les patients ayant d’autres pathologies, vous savez, les patients si nombreux déjà avant la crise que c’était déjà l’enfer. Donc l’aval c’est au compte goutte même quand en face de nous arrive un tsunami.

Alors les patients covid nécessitant de l’oxygène on les met dans les box. Isolés. Et les autres, quand le covid sature les box ? Dans le couloir. Le hall de gare. Sous les néons.

Donc la semaine dernière déjà, le patient non covid de 80 ans avec une hémorragie digestive, vous savez où il a passé de très (trop) nombreuses heures, parce que dans les box c’était covid covid covid ? Dans le couloir, sur un brancard inconfortable au possible. J’en peux plus. Son voisin d’infortune c’était un patient dont la pathologie a souffert du retard engendré par les déprogrammations successives, à cause du covid. Il n’en mourra pas (pas lui) mais ça lui fait mal, tous les jours, et ça le handicape.

Et dans les box ? Covid non vaccinés. Ayant besoin d’oxygène. De tous âges. Avec antécédents ou absolument sans aucune comorbidités. C’est devenu terrifiant.

Le fait de ne pas être vacciné est devenu, de façon écrasante - par écrasant je vous prie de bien visualiser ce que subissent les patients non covid et l’ensemble du système de soins - la pire des comorbidités ever.

Or l’âge on peut pas lutter. Les pathologies préexistantes bah elles sont là, ça veut pas dire que c’est peine perdue de les prévenir ou les traiter, hein. C’est juste qu’elles sont là, à l’instant t de la contamination. Mais bon sang, la vaccination. Le masque. L’aération.

« Gnagnagna on sait pas ce qu’il y a dedans [le vaccin] » : oui alors primo on en reparle quand vous cesserez de bouffer et fumer n’importe quoi ; secundo si si, on sait ce qu’il y a dedans et c’est pour ça que l’immense majorité des médecins s’est ruée vers la vaccination. Au passage, puisque c’est un thread exutoire ; les médecins qui déconseillent à leurs patients de se faire vacciner, sans aucun argument scientifique (je parle pas des rarissimes patients authentiquement contre indiqués) : je vous honnis. Les médecins qui sans le moindre argument scientifique disent que « le moderna c’est de la merde » et autres stupidités, pour saccager la confiance des patients en effet c’est top, mais je vois pas l’intérêt de pérorer nawak quand on en sait pas plus que le palefrenier du coin. Les journalistes qui continuent d’écouter exclusivement Blachier, le mec qui incarne la boussole épidémiologique indiquant le sud, c’est quoi votre problème ? Un pari perdu vous condamnant à ridiculiser vos rédactions pendant des mois et des mois ?

Il y a qq jours, il nous a fallu, à ma collègue de réa et moi, expliquer à un couple de patients covid non vaccinés que seul l’un des deux irait en réa Les deux graves. Scanners apocalyptiques, à se demander comment ils respiraient avec ça. Une seule place en réa.

Pendant ce temps, les rassuristes et les négationnistes, bref les jepensequamagueuliste ayant conjointement peur des piqûres + des fenêtres ouvertes + d’un bout de tissu devant le nez, nous traitent de chochottes. Han. Vous êtes mal tombés, les gars. Mon fond de commerce c’est l’arrêt cardiaque, et ma zone de confort le plus gros vaisseau du corps humain, qui encaisse 5 litres de sang par minutes, subexplosant à Perpette les Olivettes. Dont l’annoncer sans ciller aux familles. Une chochotte.

La chochotte sus-décrite vous dit qu’elle a peur. À quel moment, dans un avion dont les ailes brûlent, vous gardez confiance en votre voisin aviné qui dit que tout va bien, tandis que le personnel navigant, rompu à tous types d’avaries, est terrifié ? À quel moment vous continuez de penser que le doctorat en épidémiologie que vous n’avez d’ailleurs pas est la clé pour nier ce que vous disent les gens qui voient les malades au quotidien ? Signe que l’on en peut plus : de très nombreux soignants (je m’inclus) peinent de plus en plus à demeurer empathiques avec les covid non vaccinés non masqués etc. On parle de gens qui soulagent la douleur du type blessé après avoir conduit ivre. Vous n’imaginez pas.

Oui mais voilà. Massivement, le mépris pour les autres malades (oui oui, vous savez, les pathologies qui existaient déjà avant le covid, infarctus / cancer / etc), le mépris pour les soignants exténués, le fait de se mettre danger soi même. On ne supporte plus.

Ce soir j’ai voulu regarder les chiffres d’hospit covid dans mon département, songeant qu’ils seraient moins pire que mes craintes, pour me rassurer. Pour dissoudre cette boule au ventre. J’aurais pas du. D’un nombre déjà effarant le 24, il y a 2 jours, on est passé à largement plus que ce que mon esprit pessimiste pouvait envisager. « Omicron n’est qu’un rhume ». J’t’en foutrais, des rhumes qui ont besoin de 60 litres d’oxygène par minute pour pas crever. »

Pronom «iel» : l’Académie française a-t-elle autorité sur la langue française ? – Libération

Je ressors la vidéo «la faute de l'orthographe» https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8 : au temps pour la légitimité de l'académie française

Au passage, la langue ne se décrète pas: c'est l'usage qui fait la règle et pas le contraire... ce qui est parfaitement normal si on y réfléchit deux secondes.

Les langues évoluent par l'altération des usages et les influences que les locuteurs subissent (des pays limitrophes, des évolutions de la société, des changements dans les mœurs, des changements de niveau de mots [argot->langue courante], des fautes qui deviennent l'usage majoritaire etc etc etc.)

Pour qu'un usage prenne, il faut une sorte d'effet de parc: quand suffisamment de gens utilisent un fait de langue et qu'il devient la norme, il acquiert une certaine légitimité de fait... et les vieux birbes de l'académie doivent s'aligner. Ce fait de langue devient régulier (au sens grammatical du terme, bien entendu)

exemple: après que + indicatif est la règle historique (on dit après que je suis venu...) mais à force de faire l'erreur après que+subjonctif, cet usage s'est généralisé... il est désormais accepté.

Par contre, les modifications ne se font en général pas sur moins d'une génération: le temps pour les réacs de devenir minoritaires

Cette résistance à l'évolution de la langue une chose que j'ai du mal à comprendre: beaucoup de gens agissent et pensent comme si la langue leur appartenait et qu'ils avaient un droit de véto sur son évolution, décrétant ce qui doit se faire ou pas... Vous ne pouvez pas plus empêcher la langue d'évoluer que le vent de souffler; si un usage se répand, il deviendra la norme, que vous y résistiez ou pas.

« Je vais faire un thread [sur Twitter] et le garder sous le coude parce que j'en ai marre de me répéter. »

Gros +1.

Si quelque chose est suffisamment important pour requérir plusieurs messages twitter, c'est qu'il relève du blogging et pas du MICROblogging... ça tombe pourtant sous le sens.

Twitter n'est en aucun cas fait pour une pensée argumentée et réfléchie: c'est le contraire ! C'est un truc pour rester dans l'instantané, l'immédiat, la réaction plutôt que la pensée.

L'instantané est à la pensée  ce qu'il est au café:    de la merde.
Via https://sebsauvage.net/links/

Nouvel article

Je n'ai pas lu le contenu du lien mais ça ne me paraît pas si contre intuitif que ça : quand ton appli commence à avoir du succès auprès des utilisateurs, les demandes d'amélioration ne se font pas attendre dont certaines, n'étant pas du tout envisagées au départ, peuvent entraîner soit une réécriture plus complexe de l'appli, soit - pire - un patch à la scie sauteuse et au pistolet à colle qui complique l'appli, son usage et son architecture... (#sansdeconner)

Via https://nicolas-delsaux.hd.free.fr/Shaarli/?9O0OvQ

Censure ! - OpenNews

C'est une demande à la fois tellement légitime et formulée si gentiment qu'on ne voit vraiment pas pourquoi ce méchant Oros pourrait refuser...

Cumuler la grossièreté, l'homophobie et le culot avec autant de concision... c'était pas donné à tout le monde.

Le mieux, quand on ne veut pas être censuré, c'est simplement de ne pas compter sur les autres et de s'autohéberger: un shaarli c'est facile à installer, même sur un mutu.

A la place d'Oros, je crois que je laisserait tomber et j'arrêterai d'offrir une tribune au fiel et au vomi: si on refuse d'accepter les insultes et la haine -> on censure et si on laisse faire pour pas censurer, ben ça pue dans toute la river...

Rhalala... spa simple !



Agence France-Presse sur Twitter :

Une petite citation de Coluche, il y a 30 ans: Maintenant, quand on pique son sac à une vieille, on est obligé de dire:« ayez pas peur, madame, on n'est pas de la police»

Comme quoi, les abus policiers ne sont effectivement pas un fait récent... pas plus que la tendance des gouvernements successifs à chercher à cacher la merde au chat.

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