Liberté, responsabilité et bon sens...

En cette période dont les troubles trouvent leur racine dans l'opposition violente entre les groupuscules extrémistes et la liberté d'expression des citoyens, j'aimerais apporter un modeste éclairage, à peine un point de vue de citoyen...


La parution de ces caricatures, à ce moment-là, dans ces circonstances-là, pose évidemment le problème de la liberté d'expression.
Je n'ai pas la prétention de résoudre ce problème ici, je ne suis ni philosophe, ni sociologue, ni religieux, ni politique...
Je propose ce qui manque souvent dans les raisonnements de toutes ces catégories de professionnels de la réflexion: l'application concrète et la limite des grands principes.

Le respect des croyances et de la Foi: oui mais pas plus que des personnes. 

Ce qui choque légitimement, pour un Français moyen, c'est de voir des gens qui justifient des massacres par le fait qu'on n'aurait pas respecté leur foi. 

Tout d'abord, ce Français moyen doit garder à l'esprit que cette situation ne semblera pas moins choquante à n'importe quel croyant, musulman ou pas... Cette indignation est simplement la réaction normale d'un humain... Sauf que le musulman, lui, aura en plus à craindre l'indignation des autres. 

Si j'estime que dans un pays prônant la liberté d'expression on doit pouvoir tenir des propos éventuellement blasphématoires sans craindre pour sa vie, je ne vois pas en quoi ces propos feraient avancer les droits qu'ils prétendent défendre... 

En quoi la provocation gratuite résout-elle les difficultés de compréhension entre les peuples (ou plus concrètement entre les extrêmes) ? 

Comment des meurtres et du sang pousseraient-ils au respect de la foi ?

En quoi provoquer des extrémistes constituerait-il  un chemin vers une solution ?

J'ai de plus en plus tendance à considérer que, finalement et empiriquement, c'est exactement le contraire qui se produit.

Liberté d'expression: oui mais pas sans responsabilité d'expression....


Il est plus aisé de provoquer à l'abri d'un pays comme la France, abri relatif mais indéniable cependant, que depuis le pays en question... ces caricatures auraient-elles été publiées si Charlie hebdo était rédigé, conçu et imprimé dans un pays du Maghreb et si ses employés  y vivaient ?

Quand on écrit, dessine, publie un document écrit, quand on conçoit, tourne, joue et héberge une vidéo, on a automatiquement une responsabilité quant aux conséquences  que ces documents vont avoir dans l'opinion et dans le monde. Internet à donné à tous un pouvoir d'influence naguère réservé aux médias officiels et tout un chacun peut, aujourd'hui, provoquer des remous dans le monde, à petite ou grande échelle...

Les dizaines de morts provoquées par la vidéo sont à mettre sur la note des "acteurs", "scénaristes", "caméramans" etc qui ont permis sa création...
Que pas un n'ait eu le bon sens de dire: c'est nul et dangereux est consternant... La responsabilité de la mort des citoyens, parents, frères et sœurs, fils et filles de tous horizons, pas des extrémistes éventuellement visés, est bel est bien du fait des responsables de cette vidéo...
Cette provocation a bel et bien entrainé des morts.


De même, si de nouvelles morts surviennent dans les prochains jours après la diffusion de ces caricatures, et même si la démesure éventuelle des réactions des fanatiques de tous ordres ne saurait être imputées aux caricatures Charlie Hebdo, cette démesure n'en est pas moins prévisible et toute la chaine de décision qui a permis leur publication devra en assumer une partie de la responsabilité sans la rejeter entièrement sur les assassins, qui sont, eux, les coupables...

 Lutter, résister et agir, oui, définitivement oui, mais avec bon  sens, mesure et surtout au bon moment...  On pourra convaincre mais jamais vaincre... en particulier par la provocation et pis encore avec des gens dont l'objectif est moins la défense de leur vision de leur religion que de justifier leur propre soif de sang. La religion n'est pas sensée être incompatible avec l'humanisme, au contraire (et je suis agnostique).

Je pense souvent à Pierre Desproges, immense humoriste, talentueux provocateur: il maniait l'ironie, le sarcasme et la litote pour mettre à mal les bien pensants, les racismes, les extrémismes et la connerie en général.
 Il provoquait, mais avec talent... Il poussait, certes, mais dans le bon sens: en secouant les opinions, avec habileté et talent.
Deux de ses citations prennent tout leur sens ici: "on peut rire de tout mais pas avec tout le monde" à quoi j'ajouterais que selon les conséquences, on ne peut pas rire n'importe quand...
Il ajoutait, raillant ce qu'on appellerait plus tard le politiquement correct, "qu'on vit aujourd'hui dans une société qui a résolu tous les grands problèmes humains en appelant un chat un chien"


Ne pourrait-on pas traiter ces problèmes, ces tensions, ces opinions divergentes sans nécessairement réagir par la force ?

Méfiance: les états et les citoyens ont le devoir de résister aux extrémismes mais avec circonspection, encore plus devant les images et les propos radicaux que nous servent les informations télévisées... une légitime indignation devant l'insupportable doit provoquer, chez le citoyen, une volonté d'apaisement et un refus de la réduction de toute une population de croyants pacifiques à l'état d'ennemis de la république.
De leur côté, les croyants de toutes religions se devraient de sourire des caricatures et prouver par leurs actes que leur foi est digne de respect et même d'admiration, loin au dessus des critiques ou des imbéciles.

Les extrémismes sont durablement mis en défaut par l'éducation aux valeurs républicaines et humanistes - dont tous doivent bénéficier pour en comprendre l'intérêt - et cette éducation ne pourra jamais n'être que nationale: l'état, les dirigeants, les politiques et toute la chaine de personnalités jusqu'au citoyen lambda doivent donner l'exemple et offrir un modèle de ces valeurs de respect et de compréhension de l'autre.


Je maintiens (spécialement à "l'âge con" que nous avons tous traversé -tendresse inside- , époque des jugements à l'emporte-pièce, des provocations et des influences étranges ) qu'un gamin qu'on ne lâche pas, auquel on s'intéresse, qui se voit un avenir, à qui on offre des modèles "parentaux" enrichissants et tirant vers le haut (à une époque ou seule l'ambition personnelle, la richesse facile et la médiocrité sont élevées au rang de modèle) glissera d'autant moins vers les extrêmes...

Finalement:
  • Ces caricatures offrent-elles un modèle poussant à la mesure ?
  • Est-ce là la réaction qu'on serait en droit d'attendre d'un adulte ?
  • Apportent-elles une solution ou font-elles partie du problème ?
  • Quel regard des ados peuvent-ils y porter ? Et par là, quels adultes va-t-on en faire ?



Le droit à la libre expression ne doit pas toujours être pris de force, me semble-t-il...
Mais la défense de la liberté de croire ne devrait ni coûter des vies, ni des libertés...

❝ 6 commentaires ❞

1  Bronco le

Oui, je sais, on n'est pas lundi...

 
2  Blaireau le

On ne peut pas défendre la liberté d'expression dans le principe et demander de la modération dans les faits : cela revient à remplacer la censure par l'auto-censure.

 
3  Bronco le

Oui et non...
Oui sur le principe, bien entendu... je te rejoins sans problème sur ce point: je refuse d'être l'otage d'extrémistes religieux dans mon propre pays...

Toutefois, il ne s'agit pas de brider la liberté d'expression, mais éventuellement de l'exercer avec bon sens: provoquer pour provoquer n'est pas forcément la meilleur des stratégies pour faire avancer une idée, aussi légitime soit-elle.
De plus, dans ce cas précis et dans cette situation précise (des morts provoquées par un document jugé blasphématoire) peut-être la publication des caricatures pouvait-elle être différée de quelques jours...
Certaines personnes ont payé la liberté d'expression des autres un peu cher, je trouve...
Il aurait sans doute été plus judicieux de faire un papier destiné à calmer les choses, à les remettre en perspective plutôt que de jeter de l'huile sur de la nitroglycérine...

 
4  Blaireau le

Je te comprends bien sûr mais c'est une pente glissante...

 
5  Norber le

Je crois que tu n'as pas tout à fait mesuré les enjeux dont il s'agit... ça dépasse un peu les questions de libertés confessionnelles, qui n'ont posé aucun problème avant les années 2000, où que ce soit en Occident.

Le droit à la liberté d'expression fut une conquête des XIX et XXeme siècles. Aujourd'hui, en Occident, l'ensemble des sensibilités politiques s'exprime, ont des parlementaires, même les plus improbables accèdent au pouvoir. La liberté d'expression est une réalité, elle est aussi un enjeu de pouvoir et contre-pouvoirs. On peut notamment regarder tout ce qui est fait autour des "minorités visibles" qui ont acquis au cours des 10 dernières années une véritable légitimité et représentativité.

Les joutes autour de l'Islam, des caricatures, etc ... relèvent d'autres problématiques, bien loin des seules aspirations religieuses, au premier rang desquels le solde de notre passé colonialiste mais aussi des enjeux évidents de pouvoir et de conquête idéologique, que d'aucuns (Renaud Camus, par exemple) qualifient de contre-colonisation.

C'est un sujet intense...

 
6  Bronco le

Je ne vois pas en quoi j'ai sous -estimé le problème ou en quoi ce que tu dis est incompatible avec mes propos...
Il est évident que le religieux et le politique se sont mêlés, ce qui me semble bien le coeur du problème...

Pour ma part, je compte surtout les morts innocents qui ont suivi des propos purement provocateurs... ce ne sont pas des morts politiques.

 

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