Histoires de pamplemousses, de saucisses, d'amandes et de... bite de cochon.

Aujourd'hui, à la caisse du supermarché du coin, la jeune caissière regarde les pamplemousses d'un air désemparé, lève les yeux et demande: «c'est quoi ?»

non, mais, des PAMPLEMOUSSES...

Je vis dans un monde où des gens n'ont jamais vu de pamplemousses (tout en bossant dans un magasin qui en vend)

Si seulement c'était un fait isolé, mais non:

  • une autre fois, c'étaient des amandes que la caissière ne reconnaissait pas. Des pitins de fucking AMANDES... ya pas plus con qu'une amande.
  • Il y a quelques semaines, à la cantine, une élève de cinquième ne comprenait même pas le concept de saucisse. Un collègue lui explique qu'il s'agit de porc. Sourcils en accent circonflexes de la part de la môme. Mon collègue ajoute: «c'est du cochon». Et là, après un temps de réflexion visiblement infructueux, elle finit par demander: «c'est sa bite ?» Donc, celle-ci ignore ce qu'est une saucisse mais voit très bien en quoi consiste une bite.

Les plus taquins se rappelleront de la blague de la capote et de la véranda, on n'en est pas loin.

la question qui me vient: pourquoi ?

Après un légitime et bref passage en PLS mentale, histoire d'évacuer ma consternation, je me demande comment c'est possible... La seule explication qui me vient, de bite en blanc [gag], c'est que ce que je considère comme des denrées de consommation courante sont des aliments de luxe pour ces personnes (et je culpabilise aussitôt pour ma réaction première).

Mais non, quand même, faut pas pousser:

J'aimerais bien sûr éviter le mépris de classe, la condescendance etc.

Mais bon...

  1. même si on n'a pas les moyens d'acheter un truc, on en a déjà VU (ces mêmes personnes n'ont pas les moyens d'acheter un Iphone mais savent bien ce que c'est et peuvent le reconnaître)
  2. les deux caissières en question portaient des vêtements pas spécialement bon marché et étaient bien maquillées, ongles faits... Si on en est à ne pas pouvoir se payer un pamplemousse, on fait l'impasse sur les produits d'une nécessité plus «discutable», il me semble (mais c'est peut-être un point de vue de privilégié, j'en suis conscient).
  3. autant l'élève était encore jeune, donc naïve (quoique), autant les caissières sont adultes...
  4. les caissières bossent dans un magasin qui VEND ces denrées. Elles les ont même probablement mises en rayon (c'est un petit supermarché de village)... faut-il se foutre éperdument de ce qu'on fait pour ne même pas LIRE LE NOM des trucs qu'on place sur les gondoles.

Il s'agit à mon sens davantage d'ignorance plus ou moins volontaire, dans le sens ou on ne prête AUCUN intérêt à ce qui nous entoure, que d'une impossibilité sociale/culturelle/intellectuelle/héritée/systémique dont ces personnes seraient victimes. Ça correspond d'ailleurs à une impression que je ressens depuis des années avec mes élèves: plus le temps passe et plus la proportion d'élèves impossible à intéresser grandit. Ils ne s'étonnent de rien, regardent le monde avec désintérêt voire mépris.

Je laisse le «pourquoi» en suspend...

❝ 1 commentaire ❞

1  jerry wham le

On est tombé dans une société de cons (sans) sommation...

 

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