Comment j'ai fait un burnout

Dans la vie, on a des moments difficiles, des épreuves, des moments de joie, des espoirs, des envies... on se sent fort et on affronte les mauvais moments en face; on les dépasse et on continue...

 

Au début, vous n'avez souvent à vous occuper que de vous: vous vous créez alors une vie et des charges correspondant à cette liberté: des loisirs, des passions, des travaux, des apprentissages s'accumulent dans votre emploi du temps, mais vous gèrez: le temps vous l'avez et l'énergie aussi... 

 

 

 


 

Puis vous obtenez un boulot
 

et le temps libre diminue, alors que les obligations s'accumulent: d'autres attendent des choses de vous, des choses dont vous êtes responsable...

Vous vous adaptez à la situation, puisqu'elle est normale et qu'on doit se réjouir d'avoir du travail... simple question de réorganisation: en accumulant ici, en rognant là, il restera du temps pour ce que vous aimez, pour vous...

Avec les années vous devenez même très bon à ce jeu là et tout le monde vous trouve efficace et rapide... 

 

 


 

Vous rencontrez quelqu'un et vous fondez une famille
 

De merveilleux moments de bonheur à la fois simples et bouleversants: la maison, le premier enfant... les choses changent mais c'est pour le mieux...

Pourtant, parfois, la nuit, vous réfléchissez et votre coeur bat parce que vous êtes inquiet: vous avez peur de ne pas être à la hauteur... le boulot c'était une responsabilité, alors un enfant. 

Ce sont les temps du manque de sommeil régulier et des premières fatigues chroniques.

 

Toutefois, comme toujours, vous vous adaptez; après tout, tout ça c'est du bonheur et en se débrouillant bien on arrivera à tout caser dans une journée: vous commencez à faire trois ou quatre choses à la fois et à tout organiser pour parvenir à remplir votre todo journalière avec des tâches faites en parallèle.

 

 


 

Et vous avez d'autres enfants
 

Deux, puis trois et enfin quatre... 

Comme ils sont rapprochés, vous n'êtes jamais vraiment sorti des couches ou des nuits en pointillés et c'est devenu votre quotidien depuis presque 10 ans...

Vous tenez parce que vous avez pris l'habitude de la situation, de la fatigue, du sommeil impossible à récupérer... 

Vous avez continué à trouver du temps pour tout faire en supprimant tout ce qui n'était pas essentiel: vous-même.

Insidieusement, les responsabilités, les urgences, les tâches se sont accumulées au fil des années jusqu'à un point où il est désormais impossible de caser quoi que ce soit; plus de place pour la fantaisie: vous regardez votre montre même pour aller pisser.

 

Du coup, quand un imprévu se présente, ça vous plonge dans un état d'irritation incompréhensible: même l'imprévu le plus minime devient insurmontable... et parfois, juste avant de reprendre la voiture pour aller au boulot après avoir déposé les enfants chez la nounou et à l'école, c'est la gorge serrée que vous tournez la clé de contact.

 

 


 

J'ai plus de place pour moi dans ma vie
 

Un jour, vous prenez conscience que vous n'existez plus dans ces longues journées durant lesquelles vous passez d'une tâche urgente à l'autre en les abattant quatre par quatre.

Vous dormez mal, vous vous réveillez épuisé; votre journée commence avant 6h et elle ne se terminera qu'à 21h ou 22h lorsque vous n'aurez même plus envie de vous lancer dans les choses qui vous motivaient avant.

 

Lever, préparation du petit-dej, pliage du linge de la veille, rangement de la vaisselle de la veille qui a été lavée, douche rapide, rangement du petit dej, habillage des plus petits, nounou + école, boulot, nounou+école, devoirs, bains, préparation du repas du soir, mettre la table, surveiller le déroulement du repas, ranger la table, vaisselle, préparation du repas pour papamaman, couchage des enfants, histoire du soir, bisou, remonter plusieurs fois pour recoucher les petits qui se baladent au lieu de rester au lit, finir par râler etc...

 

Un moment, je cumulais boulot de prof, boulots de création de sites web, boulot de papa, boulot de mari aimant et participant aux tâches ménagères, boulot de maître de maison (jardin, bricolages et réparations), boulot de responsable de parc info dans mon bahut (en plus des projets persos que j'essayais de ne pas perdre de vue) : une vraie vie de cinglé où tout est devenu un boulot...

 

Quand tout devient une obligation contraignante, vous finissez par ne plus rien supporter... même vos enfants ou votre épouse... ils vous empêchent de vous isoler un moment, sans personne qui attende quelque-chose de vous.

 

Pire, quand vous vous plaignez, votre entourage a même tendance à vous dire que tout va bien et qu'il n'y a pas de raisons de déprimer, que vous avez tout pour être heureux: le problème c'est qu'on se sent comme un enfant qui n'a même plus envie d'ouvrir ses cadeaux de noël...

 


 

Puis des problèmes de santé commencent à vous ennuyer...
 

pour ma part, j'ai commencé à avoir des nausées violentes dès le lever. Elles duraient une demi-heure seulement mais étaient très invalidantes: c'étaient de violents haut-le-coeur dont les spasmes me retournaient l'estomac.

 

N'ayant pas le temps de m'en inquiéter, j'ai laissé courir. De matinales, les nausées quotidiennes sont devenues journalières, me prenant n'importe quand dans la journée, y compris devant mes élèves.

Je ne mangeais plus qu'une fois par jour, parfois même une fois tous les deux jours. J'ai perdu 6 kg.

 

Après consultations et examens (au pluriel), on a écarté toutes les causes physiologiques et on m'a carrément envoyé au CHU pour consultation plus complète.

Le médecin qui m'a reçu m'a frappé par son calme et la lenteur avec laquelle il exécutait le moindre de ses mouvements. 

Il m'a posé des questions sur ma vie, mon travail... Au bout d'une heure, il m'a demandé simplement:

- attendez: vous êtes prof, papa de quatre enfants, programmeur et vous vous occupez en plus des ordinateurs de votre collège ? Quand trouvez-vous le temps de le faire ?

- pendant mes pauses (récrés et temps de midi... parfois même en interclasse )

- Vous ne mangez donc pas à midi ?! Et vos pauses, vous les prenez quand ? 

- je n'ai pas le temps d'en prendre... vous pensez que ça pourrait venir de là ?

- Ca VIENT de là monsieur: vous vous surmenez. A ce rythme, soit vous ferez un maladie grave, soit vous sombrerez dans la dépression.

 

J'ai pris conscience à ce moment précis, à travers le regard de ce médecin dont j'avais admiré la tranquilité, qu'effectivement le surrégime était ma vitesse de croisière depuis des années.

 

 


 

Je me sens comme un ballon de baudruche oublié par des enfants.
 

Je me suis alors littéralement effondré: assis dans ma voiture et prêt à rentrer chez moi avec comme seule ordonnance de m'occuper de moi, de me reposer, de me promener et d'abandonner les tâches qui n'auraient pas du m'incomber, je me suis mis à pleurer...

 

J'avais atteint et dépassé ma limite et c'était très difficile à vivre pour moi qui m'étais toujours senti comme un roc auquel les autres se raccrochaient.

 

J'ai été obligé de ralentir ma vie, de renoncer à certaines casquettes devenues trop lourdes à porter.  J'ai également du rééduquer mon entourage en apprenant à dire non.

 

Il m'a fallu cesser de faire plusieurs choses à la fois, ce qui est plus facile à dire qu'à concrétiser.

J'ai été contraint de me remettre à manger à tous les repas malgré ma réplusion.

J'ai fait face aux hauts et bas émotionnels de ceux qui, après s'être effondrés, ont des difficultés à gérer les sentiments et les conflits...

Tout ça s'est passé il y a un an bientôt... 

 

J'ai toujours des nausées dans la journée, 

je n'ai toujours pas envie de manger,

il m'arrive toujours d'être triste ou angoissé,

j'ai toujours du mal à supporter de ne pas pouvoir m'isoler quand je veux.

 

 

 

 


 

Des solutions ?
 

J'ai conscience que le ton de ce billet demeure aux antipodes de celui qui est le mien dans ce blog depuis plus d'un an. 

Il n'entrait pas dans mes intentions d'être lugubre ou sombre, mais de témoigner du fait qu'on a toujours tendance à ne voir ses propres limites qu'une fois atteintes.

Pour difficile qu'elle soit pour moi, cette période m'a permis de me rendre compte de ces limites et de retrouver le petit bonhomme fragile que j'avais oublié au fond de  moi et dont j'avais négligemment lâché la main.

 

J'ai réappris à prendre mon temps, à essayer de rester calme quand il est inutile de s'énerver, à remettre les choses en perspective pour admettre qu'elles ne sont pas toujours d'importance, à ne plus du tout chercher à être compétitif ou parfaitement optimisé tout le temps...  un mal pour un bien.

 

Si j'avais un conseil à donner au Eric d'il y a 20 ans, ce serait de ne jamais oublier qu'il est vital de conserver des moments pour soi dans sa propre vie et qu'il ne faut pas chercher à vouloir tout faire.

Vous avez le droit d'être égoïste de temps à autres: c'est même un devoir, car personne ne le sera pour vous (à part peut-être ceux qui vous aiment et se font du soucis pour vous, mais vous risquez de ne pas les écouter quand ils vous diront de ralentir)

 

 

 

 


Pour mémoire:

 

❝ 1 commentaire ❞

1  karine le

J'aurais aimé me voir tombé aussi, moi il a fallu que tout pète en moi pour que j'en prenne conscience! Vous avez bien fait de vous en rendre compte, je suis en arrêt de travail depuis un mois et j'ai l'impression de plus savoir qui je suis! Tout a été engloutit à coup de il faut et je dois. Peut-être gagnerez vous à juste tout arrêter! (pour un temps) Vous verrez la faim revient! Sinon pour moi l'activité physique est salvatrice

Bon courage

Karine

 

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